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COMMENTAIRES SUR LES DIRECTIVES POUR LA RÉALISATION D'UNE ÉTUDE D'IMPACT SUR L'ENVIRONNEMENT D'UN PROJET DE LIGNE D'ÉNERGIE ÉLECTRIQUE À HAUTE TENSION ET D'UN PROJET DE POSTE ÉLECTRIQUE
Association québécoise pour l'évaluation d'impacts

Présentés
au ministère de l'Environnement et de la Faune du Québec

Février 1998


COMMENTAIRES GÉNÉRAUX


L'ORGANISATION SOCIALE DU PROJET ET IMPACT SOCIAL

Les projets de directives pour la réalisation d'étude d'impact de lignes ou de postes, proposés par le MEF, laissent dans l'ombre toute la question des impacts sociaux associés aux interactions et aux communications entre le promoteur et la population. Le MEF laisse également de côté les impacts secondaires provoqués par les mesures de compensation ou d'atténuation.

Il est en effet clair que dans de nombreux projets de lignes ou de postes, les impacts sociaux les plus importants ont eu lieu pendant la phase avant-projet (selon la terminologie d'Hydro-Québec) et qu'ils sont associés à la façon dont le projet est discuté, négocié ou plus généralement annoncé à la population. Le stress et l'inquiétude engendrés par le projet sont directement liés à la perception qu'ont les citoyens quant à la prise en compte ou non par le promoteur des avis et des recommandations qu'ils ont fait et plus généralement, de la façon dont les demandes ou les craintes de la population sont traitées par le promoteur. La communication adéquate avec la population n'est donc pas uniquement un moyen de rendre le projet plus acceptable socialement, comme on le souligne dans les directives, mais également de réduire les impacts engendrés par cette communication si elle est mal gérée.

De la même façon, la communication et les interactions entre le promoteur et les diverses composantes des populations locales qui sont compensées dans le cadre d'un projet, entraînent souvent leurs propres impacts sociaux. Ceux-ci sont souvent plus importants que la construction ou la présence de la ligne même.

Par exemple, les conflits entre le promoteur et la population ou entre les diverses communautés locales au sujet de l'attribution de contrats de fourniture et l'embauche de personnel local sont une source de stress et de division sociale qui a eu son importance dans certains projets. Un autre exemple touche les impacts liés aux mesures de compensation communautaires. C'est ainsi que le programme de valorisation environnementale d'Hydro-Québec a entraîné plus d'une frustration, soit parce que les projets éligibles ne correspondaient pas aux priorités locales, que les règles bureaucratiques d'Hydro-Québec occasionnaient de nombreuses frustrations ou que les équipements mis en place grâce au programme ont entraîné des coûts d'entretien importants pour les communautés locales. Les négociations entourant les compensations des propriétaires touchés sont souvent mentionnés par ceux-ci comme une source de stress et de frustration plus importante que la présence de la ligne ou sa construction.

Il faut signaler également que l'expérience et la recherche démontrent qu'il est important pour un promoteur de bien distinguer entre atténuation et compensation. Il est clair en effet que des mesures ou des travaux d'atténuation des impacts mal réalisés ou incomplets sont difficilement compensés. Les propriétaires ou les communautés qui perçoivent que le promoteur ne s'occupe pas adéquatement d'atténuation n'ont plus confiance en lui et sentent souvent comme un affront personnel, le manque d'attention du promoteur aux mesures d'atténuation. Les compensations deviennent alors insuffisantes ou inadéquates pour guérir cette blessure symbolique. C'est ce qui explique sans doute la hargne des propriétaires ou des communautés dans le cadre de certaines négociations.

Tous ces exemples renvoient finalement au même élément de base. Les impacts sociaux de la construction d'une ligne - ou d'un poste- ne sont pas uniquement associés aux modifications environnementales occasionnées par le projet. Ils sont également fonction des impacts occasionnés par la rencontre d'une organisation sociale - le promoteur et les organisations et individus lui étant associés- et les communautés locales, groupes et individus qui sont - de gré ou de force- impliqués dans le projet. La gestion de cette source d'impact social est aussi importante sinon plus que la gestion des activités de construction ou la présence des équipements. Il nous apparaît donc important d'inclure dans les directives la question fondamentale des communications et que sans adhésion véritable de la part du promoteur à des principes clairs et à une politique précise, la communication est une source d'impact importante plutôt qu'une aide à l'atténuation des impacts.

COMMENTAIRES PARTICULIERS

Commentaire sur la section 1.3: SOLUTIONS DE RECHANGE AU PROJET

Le MEF écrit: L'étude d'impact décrit sommairement les différentes possibilités qui se présentent pour réaliser le projet, en considérant l'éventualité de sa non-réalisation ou de son report et, le cas échéant, toute solution proposée lors des consultations préliminaires effectuées par l'initiateur. Les solutions de rechange au projet proposé pourraient être d'autres façons d'écouler l'énergie disponible (choix de tension par exemple), des alternatives à la variante de réseau retenue ou encore, la mise en oeuvre d'un programme d'économie d'énergie. L'étude justifie le choix de la solution retenue eu égard aux objectifs poursuivis et aux enjeux environnementaux, sociaux, économiques et techniques. L'étude présente le raisonnement et les critères utilisés pour arriver à ce choix.

L'ampleur de la remise en question possible apparaît importante. Remettre en question le projet sur la base d'une vision plus large englobant la production d'énergie ou la conservation permet en effet de remettre en question l'ensemble de la politique du promoteur ou même certains choix sociaux de base. On est tous convaincu que ces discussions et les orientations qui en découlent - sur les choix technologiques de base, les formes de production, etc.- sont utiles et fondées. Cependant, elles doivent avoir lieu d'abord et avant tout dans des forums appropriés auprès d'instances qui doivent être reconnues et respectées - Régie de l'énergie, Commission parlementaire, ou Commission d'enquête spéciale -. Cela éviterait de nombreuses frustrations, au promoteur comme au public. Dans le cas d'un projet de ligne ou de poste, les alternatives discutées devraient donc être centrées, selon nous, sur l'objectif premier du projet, le transport énergétique. C'est là une règle de fermeture de la discussion qui nous semble raisonnable, à moins que le promoteur fasse fi des orientations prises lors de ces forums ou commissions.

Commentaires sur la section 1.4: AMÉNAGEMENTS ET PROJETS CONNEXES

Le MEF écrit: L'étude d'impact fait mention de tout autre aménagement existant ou de tout autre projet prévu susceptible d'influencer la conception ou les impacts du projet proposé. Les renseignements sur les aménagements et projets connexes doivent permettent de dégager les interactions potentielles et, le cas échéant, les incidences cumulatives, tout en mettant en évidence les principaux impacts des aménagements similaires de même nature.

Il serait plus simple de dire clairement les principaux impacts de lignes -ou de postes- de même nature plutôt que la formule aménagements similaires .

On parle d'abord de tout autre aménagement existant ou projeté, d'aménagements et projets connexes et ensuite d'aménagements similaires de même nature. Il y aurait lieu de clarifier ce qui est effectivement voulu. Parle-t-on de ligne ou de postes ? Si on fait référence à n'importe quel type d'aménagement, il faut s'interroger à savoir où s'arrête la responsabilité du promoteur. Divers aménagements peuvent avoir été effectués ou projetés sans que des études d'impact sur l'environnement n'aient nécessairement été réalisées ou projetées. Incombe-t-il vraiment au promoteur d'un projet de faire une évaluation des interactions que pourraient occasionner les impacts de ces aménagements avec ceux de son projet ? Il lui faudrait d'abord évaluer les impacts de ces aménagements, ce que n'ont pas eu à faire ceux qui les ont réalisés. Il s'agit en fait de la problématique de l'évaluation des impacts cumulatifs qui demeure très complexe. Elle s'explique très bien en théorie mais elle est difficilement exécutable en pratique. Ne pourrait-on pas restreindre l'évaluation des impacts cumulatifs aux projets qui font ou ont fait l'objet d'une évaluation d'impacts, à laquelle on pourrait se référer pour déterminer les interactions potentielles avec un autre projet ? Ce serait peut-être une évaluation incomplète mais plus réaliste. Par ailleurs, il n'est pas toujours facile pour un petit promoteur d'avoir accès aux projets et aux échéanciers d'Hydro-Québec.

Commentaires sur la section 2.2: DESCRIPTION DES COMPOSANTES PERTINENTES

Le MEF écrit: Si les données disponibles chez les organismes gouvernementaux, municipaux, autochtones ou autres sont insuffisantes ou ne sont plus représentatives, l'initiateur complète la description du milieu par des inventaires basés sur des méthodes conformes aux règles de l'art.

Cette exigence est très vague et selon l'interprétation qui en est faite, elle peut faire modifier considérablement l'envergure d'une étude d'impact.

Commentaires sur le TABLEAU 2: PRINCIPALES COMPOSANTES DU MILIEU

La directive demande d'inventorier les puits privés à l'étape de la description des composantes pertinentes. Bien que ces derniers soient des éléments très importants, il nous apparaît inopportun de les mettre en évidence à cette étape de l'étude, sur un territoire aussi vaste. La présence d'habitations à un endroit présuppose que des puits privés peuvent s'y trouver à proximité. Leur existence et leur localisation pourrait être confirmées à une étape ultérieure, soit lors de l'étude d'impact de la variante retenu.

La directive demande également de réaliser des inventaires archéologiques sur des zones à fort et moyen potentiel et même des fouilles s'il y a lieu. Le commentaire formulé ci-haut vaut également pour le patrimoine archéologique. À l'étape de la description des composantes pertinentes, l'identification des zones potentielles apparaît suffisante.

Commentaires sur la section 3.1: DÉTERMINATION DES VARIANTES POSSIBLES

Le MEF écrit: L'étude détermine les variantes possibles pouvant répondre aux objectifs du projet tout en minimisant ses impacts sur l'environnement. Ces variantes peuvent concerner les différents corridors (ou différentes aires d'accueil) qui offrent le moins de résistance pour l'implantation de la ligne (ou du poste) et les différents tracés de ligne à l'intérieur des corridors retenus (ou différents emplacements du poste à l'intérieur des aires d'accueil retenues), tout comme certains éléments précis du projet tels que les traversées de cours d'eau ou les ravages d'ongulés.

La directive demande ainsi de traiter simultanément les corridors et les tracés de ligne (ou aires d'accueil et emplacements) comme variantes possibles. Dans ce cas, on s'interroge sur la pertinence d'élaborer des corridors (ou des aires d'accueil) car le principe de réduction successive du territoire disparaît.

Commentaires sur la section 4.1: DÉTERMINATION ET ÉVALUATION DES IMPACTS

Le MEF écrit: Les impacts positifs et négatifs, directs et indirects sur l'environnement et, le cas échéant, les impacts cumulatifs, synergiques et irréversibles liés à la réalisation du projet doivent être considérés.

Se référer au commentaire à propos du point 1.4 concernant les impacts cumulatifs.

Commentaires sur le TABLEAU 5: PRINCIPAUX IMPACTS DU PROJET

Dans ce tableau un certain nombre d'éléments semble manquer pour ce qui est des impacts des lignes:

Impacts possibles sur le prélèvement faunique et biologique en raison de l'effet d'ouverture que créent les lignes. Les conflits entre usagers que peuvent créer ces nouveaux prélèvements et enfin la pression sur les services - police, agents de la faune- qu'engendrent ces conflits.

Effet de la présence du corridor créé par l'emprise sur l'intimité et le contrôle des allées et venues des riverains de ce corridor- en campagne comme en ville- notamment lorsque le projet comporte des mesures de développement de pistes cyclables, piétonnières ou de ski de fond.

Impacts dus au bruit des conducteurs de ligne à haute tension (en milieu urbain notamment - sur la qualité de vie des résidants vivant à proximité, notamment lorsqu'il y a du vent qui siffle dans les conducteurs).

Commentaires sur la section 4.4: CHOIX DE LA VARIANTE OPTIMALE

Le MEF écrit: Lorsque l'analyse des impacts porte sur plus d'une variante de tracé à l'intérieur d'un même corridor (ou d'emplacement à l'intérieur d'une même aire d'accueil), l'étude présente un bilan comparatif des différentes variantes de tracé (ou d'emplacement), en utilisant les informations contenues dans les sections précédentes, tout en tenant compte notamment des coûts estimatifs associés à chacune d'elles et des possibilités de compensation des impacts résiduels.

Qu'advient-il alors du choix de corridor ? Ce commentaire rejoint celui effectué à propos de la section 3.1. Si l'on compare des variantes de tracé qui se trouvent dans plus d'un corridor, doit-on comparer les corridors et si oui, à quoi cela servira-t-il ? On devrait réserver l'analyse détaillée des impacts sur la variante retenue seulement.

D'autre part, la directive demande de considérer les possibilités de compensation des impacts résiduels dans le choix de la variante optimale. On craint qu'en procédant de la sorte, on ne s'éloigne de l'objectif principal d'une évaluation d'impacts qui est de minimiser ces derniers et non pas de les compenser, monétairement ou autrement. À la limite, n'importe quel projet pourrait bien "s'acheter" au détriment de considérations environnementales ou sociales. C'est la raison pour laquelle on devrait traiter de la compensation des impacts résiduels après l'évaluation des impacts résiduels de la variante optimale.