TABLE
DES MATIÈRES
PRÉSENTATION
DE L'ASSOCIATION QUÉBÉCOISE POUR L'ÉVALUATION D'IMPACTS
(AQÉI)
INTRODUCTION
CHAPITRE
I: Pour une gestion démocratique des matières résiduelles
au Québec
CHAPITRE
II: Mise en oeuvre de la gestion démocratique
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES
PRÉSENTATION
DE L'ASSOCIATION QUÉBÉCOISE POUR L'ÉVALUATION D'IMPACTS
(AQÉI)
L'Association
québécoise pour l'évaluation d'impacts (AQÉI)
regroupe des personnes intéressées au développement
des méthodes et des procédures d'évaluation d'impacts
et à l'élargissement de leur utilisation dans le processus
de planification de projets et de prise de décision. L'AQÉI
estime que les évaluations d'impacts et la participation du public
constituent des outils essentiels à l'intégration de l'environnement
et du développement dans le processus de planification et de
prise de décision. En ce sens, l'Association favorise le développement
d'approches, de méthodes et de procédures susceptibles
d'entraîner l'amélioration de l'évaluation d'impacts
et une plus grande participation possible des groupes et des individus
intéressés aux orientations de développement de
leur territoire.
Créée
il y a bientôt cinq ans, l'AQÉI compte près de 200
membres provenant de professions et d'horizons différents. Les
membres viennent de firmes de consultants, d'universités, d'entreprises
et d'organismes gouvernementaux. Ils sont ingénieurs, sociologues,
urbanistes, économistes, biologistes, administrateurs, avocats,
chercheurs, etc. L'AQÉI se veut un forum d'échanges entre
toutes les personnes qui sont intéressées par l'évaluation
d'impacts et la participation du public, peu importe leur appartenance
et les rôles qu'ils jouent dans ces domaines (Annexe 1 - Document
d'orientation). Depuis 1992, l'AQÉI représente le chapitre
québécois parmi la dizaine de chapitres formés
jusqu'à maintenant à travers le monde au sein de l'International
Association for Impact Assessment (IAIA).
L'AQÉI
s'est prononcée à chaque fois qu'elle en a eu l'occasion
sur les améliorations à apporter à la procédure
québécoise d'évaluation et d'examen des impacts
sur l'environnement (PÉEIE) et sur le rôle du Bureau d'audiences
publiques sur l'environnement (BAPE) du Québec. Elle a formé
un comité sur la participation du public qui oeuvre depuis deux
ans et qui a organisé, en 1995, le quatrième congrès
annuel de l'association. Ce congrès qui avait pour thème
La participation du public à l'heure des bilans a attiré
plus de 130 personnes intéressées à la dimension
de la participation du public dans différents champs d'activités
et à sa contribution au processus de prise de décision.
Le compte rendu du congrès sera publié dans la Collection
Environnement de l'Université de Montréal (AQÉI.
Association québécoise pour l'évaluation d'impacts,
sous presse) .
Les membres du comité sur la participation du public:
- Luc
Ouimet Centre de consultation et de concertation (CCC) Président
du comité
- Noël
Bélanger Hydro-Québec
- Normand
Bissonnette Le Groupe DBSF
- André
Delisle Transfert Environnement
- Jean
Dionne Ville de Québec
- Vincent
Dumas Administrateur
- Mario
Gauthier Université du Québec à Montréal
- Jean
Godin Concertation I.C.P.
- Pierre
Hamel Université de Montréal
- Carol
Martin Consultant
- Hubert
Simard Internautica inc.
- Louise
Côté Consultante Collaboration spéciale
- Patrice
Lapierre Consultant Collaboration spéciale
INTRODUCTION
Les préoccupations
des membres de l'AQÉI en ce qui a trait au projet proposé
par le MEF sur la gestion des matières résiduelles au
Québec portent principalement sur les mécanismes de participation
du public et l'évaluation d'impacts qui sont deux outils de gestion
démocratique intimement liés. L'évaluation d'impacts
est un outil très utile pour soutenir les débats publics,
par ailleurs, il n'est pas qu'un produit d'experts, la participation
du public étant essentielle à sa réalisation.
Le comité
sur la participation du public a formé un groupe de travail pour
préparer le présent document. Ce mémoire est le
fruit de plusieurs rencontres d'échanges, d'une analyse des divers
documents mis à la disposition du public par la commission du
BAPE: document de consultation soumis par le MEF (Québec. Ministère
de l'Environnement et de la Faune, 1995) ; divers textes déposés
lors des séances d'information; transcriptions des séances
d'audiences publiques à travers le Québec dont celles
de Montréal où plusieurs membres de l'AQÉI ont
participé activement. Le conseil d'administration de l'AQÉI
a entériné le contenu de ce mémoire après
une consultation à cet effet.
Le mémoire
se subdivise en deux chapitres. Le premier traite de l'importance du
principe de gestion démocratique pour l'atteinte des objectifs
reliés à une gestion durable et responsable des matières
résiduelles au Québec. Après avoir traité
d'une part, de l'action publique en mutation et, d'autre part, des enjeux
et des préoccupations sociales en matière de gestion des
déchets au Québec, ce chapitre décrit les exigences
de la gestion démocratique. Le chapitre 2 traite de la mise en
oeuvre du principe de gestion démocratique en abordant successivement
les propositions du MEF en ce qui a trait à la politique de gestion
intégrée des matières résiduelles, au plan
d'action national, aux plans régionaux, aux projets d'équipements
particuliers et, finalement, au suivi, au contrôle et à
la surveillance des opérations. Enfin, un tour d'horizon est
présenté en conclusion.
CHAPITRE I: POUR UNE GESTION DÉMOCRATIQUE DES MATIÈRES
RÉSIDUELLES AU QUÉBEC
1.1 L'action publique en mutation
À
l'instar des autres problèmes environnementaux, la gestion des
résidus s'inscrit dans un contexte de remise en question en profondeur
du cadre de l'action publique. Plusieurs facteurs expliquent les changements
en cours. Qu'il nous suffise de mentionner l'accroissement de la mondialisation
des échanges économiques et culturels, la régionalisation
graduelle des responsabilités et des pouvoirs publics, l'évolution
des technologies de l'information et de la communication et les incidences
politiques qui en découlent, notamment en termes de compétitivité
accrue entre les nations, les régions voire les villes. On peut
également évoquer l'affaiblissement relatif des États-nations
provoqué ou encore, accentué par les tendances à
la mondialisation et à la régionalisation, qui entraînent
en plus une remise en question des rôles traditionnels de contrôle
exercés par les gouvernements. Enfin, ne négligeons pas
la réduction des ressources financières auxquels les pouvoirs
publics ont accès.
De manière
directe, tous ces facteurs ont contribué à revoir et à
redéfinir le rôle traditionnel de l'État et des
gouvernements, tant en Europe qu'en Amérique du Nord, tant dans
les pays développés que dans les pays en développement.
Toutefois, à eux seuls, ces facteurs ne permettent pas de saisir
l'ampleur des transformations en cours. À cet égard, il
faut considérer les dimensions qualitatives inhérentes
à la nature et au partage des responsabilités entre le
public et le privé, lesquelles sont engagées dans la redéfinition
du cadre de l'action publique.
Quelle
que soit l'étendue souhaitable de la sphère de l'action
publique, nous vivons dans des sociétés de plus en plus
complexes où il apparaît indispensable de tenir compte
du pluralisme des intérêts et des identités. C'est
sans doute ce qui ressort des demandes répétées
de participation élargie à l'élaboration des politiques
publiques et à leur gestion - qui remontent au début des
années 1960 - lesquelles ont, par ailleurs, véhiculé
à maintes occasions une critique radicale de la gestion technocratique.
Dans cette foulée, les consensus relatifs à l'intérêt
général ne peuvent plus découler d'une proposition
énoncée par une instance supérieure. Ils ne peuvent
que résulter d'un processus de délibération collectif
qui engage à la fois la société politique et la
société civile. D'où l'importance de mettre en
place des mécanismes et des mesures destinés à
favoriser le débat public et l'apprentissage collectif.
Compte
tenu de la tendance actuelle des gouvernements par rapport à
la déréglementation, au contrôle en fonction de
normes et d'objectifs à atteindre, à la responsabilisation
des entreprises dans une optique de gestion environnementale, il est
crucial d'insérer dans le processus de mise en oeuvre des politiques,
des mécanismes pouvant assurer la transparence et la vigilance.
À cet égard, les collectivités locales sont appelées
à jouer un rôle de plus en plus important. Il importe donc
de leur donner les moyens pour soutenir ces nouvelles activités
sociales en les inscrivant dans l'éventuel système québécois
de gestion intégrée des déchets.
1.2
Les enjeux et les préoccupations sociales en matière de
gestion des déchets au Québec
La problématique
de la gestion des déchets au Québec se caractérise
par des enjeux et des préoccupations sociales, notamment:
L'émergence,
depuis le début des années 1990, de groupes de citoyens
préoccupés par la gestion des déchets: "Ces
groupes sont généralement nés de situations conflictuelles
associées à la présente gestion des déchets
ou encore à des décisions d'implantation de nouvelles
technologies de gestion des déchets : nouveaux incinérateurs,
utilisation de déchets comme combustible en milieu industriel,
agrandissement, modification ou création de lieux d'enfouissement."
(Comité de santé environnementale du Québec, 1993,
p. 17) ;
La paralysie
des processus décisionnels en raison d'une inadaptation des méthodes
de gestion des conflits entre les multiples acteurs;
Des incohérences
de gestion dues à l'absence d'échanges et de concertation
entre les différents acteurs impliqués: municipalités,
MRC, MEF, RECYQ-Québec; Collecte sélective Québec,
entreprises privées et groupes environnementaux;
L'insuffisance
des mécanismes de participation du public (information, consultation,
concertation, etc.) susceptibles de faciliter la mobilisation des citoyens,
des collectivités locales et des élus dans la délimitation
et l'atteinte des objectifs de réduction du volume de déchets
à éliminer;
Le MEF
présente dans son document de consultation (pp. 32 et 33) un
résumé des préoccupations sociales exprimées
lors des précédentes audiences publiques portant sur des
projets d'équipements particuliers. Notre analyse de rapports
d'audiences publiques autres que ceux utilisés par le MEF nous
permet d'identifier cinq grandes catégories de préoccupations
sociales qui complètent le portrait brièvement présenté
par le MEF:
Le besoin
et l'urgence d'une politique de gestion intégrée:
Les publics
consultés questionnent la justification des projets d'équipements
particuliers (incinérateurs, LES, centrale de biogaz, etc.) et
les choix technologiques par rapport à une éventuelle
politique de gestion intégrée qui privilégie la
réduction, le réemploi et le recyclage.
L'équité,
la responsabilisation et la régionalisation:
Les publics
consultés défendent le principe que chaque région
doit être responsable de ses propres matières résiduelles.
Selon ce principe, toujours selon les publics, une municipalité,
une MRC, une région ou une sous-région ne devrait pas
recevoir les matières résiduelles à éliminer
d'une autre région. Pour les publics consultés, l'importation
de matières résiduelles sur un territoire représente
un obstacle à une démarche de sensibilisation de la population;
toutefois, la notion de région et le concept de régionalisation
ne semblent pas avoir la même signification pour tous.
La concertation
et la planification intégrée régionale:
Les publics
consultés veulent connaître les impacts des projets proposés
sur les décisions à venir notamment sur une planification
régionale et globale. Ces préoccupations sociales témoignent
d'un besoin de concertation entre les acteurs et d'harmonisation des
interventions, de même que d'une planification et d'une gestion
intégrée des matières résiduelles au niveau
régional.
La participation
du public:
Les publics
consultés souhaitent être bien informés et consultés
dès la conception et l'élaboration des projets, programmes
et politiques.
Le partage
des risques et des bénéfices:
Les groupes
et les individus consultés accordent une grande importance au
partage des risques et des bénéfices des projets avec
le promoteur. Conscients des risques de voir leur qualité de
vie, leur environnement et leur milieu humain affectés par les
projets, ces publics déplorent que ces désavantages soient
la plupart du temps dissociés des bénéfices. Les
retombées économiques locales et régionales des
projets, les emplois créés et les mesures de compensations
sont régulièrement débattus.
Selon l'AQÉI,
ces aspects de la problématique sociale en matière de
gestion des déchets au Québec ne sont pas suffisamment
pris en compte dans les propositions soumises à la consultation
par le MEF. La contribution de l'AQÉI, qui ne partage pas nécessairement
tous ces points de vue, vise à apporter une vision et des propositions
à cet égard, en soulignant notamment:
- L'importance
de la participation du public et de l'évaluation des impacts
environnementaux pour répondre aux enjeux et préoccupations
sociales;
- La
nécessité de mettre en place des mécanismes de
concertation entre les acteurs afin d'harmoniser les interventions
et de construire des consensus viables;
- La
nécessité de mettre en place des occasions de débats
publics et des mécanismes de gestion des conflits entre d'une
part, les collectivités locales et, d'autre part, les promoteurs
(publics et privés) et les décideurs;
- La
nécessité de mettre en place des mécanismes de
vigilance pour assurer le suivi, le contrôle et la surveillance
des opérations.
1.3
Les exigences de la gestion démocratique
Il ressort
par conséquent de l'analyse des préoccupations sociales
eu égard à la problématique des matières
résiduelles au Québec que les solutions, autant à
court qu'à long terme, doivent être définies et
appliquées dans un cadre de gestion démocratique. Cette
constatation s'inscrit d'ailleurs dans le contexte de concepts et de
pratiques de gestion des enjeux publics qui attribuent aux citoyennes
et citoyens un rôle participatif dans ces processus. Cette démarche
est confirmée par le cadre législatif et institutionnel
que les Québécoises et Québécois se sont
donné au cours des trente dernières années, notamment
dans le domaine de l'évaluation des impacts environnementaux
et sociaux.
1.3.1 Les principes et les exigences de la participation du public
Il est
reconnu que toute gestion démocratique des enjeux publics qui
se veut efficace et utile doit reposer sur trois principes fondamentaux:
- L'acquisition
d'une base d'information qui soit rigoureuse et complète.
Cette base s'obtient normalement par la réalisation d'études
visant à déterminer les impacts des actions et des
décisions à prendre.
- La
tenue d'un débat public, c'est-à-dire la possibilité
pour les personnes visées de commenter et de compléter
l'information produite et de se prononcer sur les actions et les
décisions à prendre.
- Le
déroulement de ce processus d'information et de participation
publique au cours du processus de planification et avant que des
décisions irrévocables ne soient prises, que ce soit
aux étapes d'élaboration des politiques et des programmes
ou de la réalisation des projets.
Une participation
publique efficace doit respecter des règles fondamentales.
Voici celles qui nous semblent importantes de rappeler:
- une
information complète et accessible, dont les études
d'impacts, les analyses d'experts, les résumés vulgarisés,
et la possibilité d'influencer la formulation de cette information.
Les composantes visées comprennent les termes de références,
les mandats d'étude et les travaux d'experts; l'information
doit englober des échanges avec les publics afin d'assurer
une meilleure compréhension de la portée du projet,
du programme ou de la politique, ou encore de la portée de
nouvelles technologies;
- une
période de temps suffisante pour que le public puisse prendre
connaissance, analyser et commenter les options et les enjeux;
- un
processus itératif et en plusieurs étapes, permettant
que les contributions du public puissent être pris en considération
dans les étapes subséquentes;
- l'obligation
pour le promoteur de répondre à la démarche
de participation du public, notamment celle d'expliquer pourquoi
il ne retient pas certaines propositions ou suggestions provenant
du public;
- un
organisme de consultation indépendant, transparent et possédant
des ressources financières et humaines suffisantes pour répondre
aux besoins de consultation du public;
- des
décisions publiques;
- un
suivi et une surveillance durant la réalisation et après.
1.3.2
Le modèle de l'évaluation environnementale
Le document
soumis à la consultation par le MEF propose un modèle
de participation publique qui s'inscrit dans la Loi sur l'aménagement
et l'urbanisme. Il nous apparaît que le mécanisme le
plus approprié pour assurer une gestion démocratique
est celui de l'évaluation des impacts environnementaux incorporant
à la fois la production d'une base informative et la participation
publique, dont les modalités bien définies, collectivement
consenties et efficaces s'inspirent des principes énoncés
plus haut. L'évaluation environnementale présente également
l'avantage de se dérouler à l'étape de planification
des propositions, c'est-à-dire avant toute prise de décision
importante. De plus, les principaux intervenants dans la gestion des
matières résiduelles, soit le MEF, les groupes environnementaux
et les citoyennes et citoyens eux-mêmes, possèdent une
vaste expérience de l'application de ce mécanisme. Les
nombreuses études d'impacts et consultations publiques réalisées
sous la direction du MEF et du BAPE constituent une banque d'expériences
qui doivent être mis à profit dans la gestion des matières
résiduelles.
Évaluation
des politiques, programmes et projets. Quoique jusqu'à
maintenant, ce sont des projets précis qui ont fait l'objet
d'évaluations environnementales, la réflexion et les
pratiques récentes visent à assujettir les politiques
et programmes environnementaux, à des exigences semblables
en matière d'information et de participation publique. En effet,
il y a consensus parmi les praticiens et les gestionnaires des processus
d'évaluation environnementale à l'effet que l'évaluation
de projets ne permet d'intégrer que d'une façon partielle
et incomplète les considérations environnementales dans
la planification et la conception des orientations de développement.
L'évaluation
environnementale de certains LES (lieux d'enfouissement sanitaires),
les conflits entourant la localisation de LES et de sites de traitement
de matières dangereuses tendent à confirmer l'inefficacité
de l'évaluation environnementale appliquée uniquement
aux projets résultant de décisions de politiques et
de programmes prises en amont. Les préoccupations exprimées
lors d'audiences publiques sur des projets particuliers et le retard
dans l'atteinte de l'objectif de réduction du volume de déchets
à éliminer avant l'an 2000 démontrent l'importance
de réaliser des études et analyses d'impacts au plan
des orientations et des politiques de même que la nécessité
de fournir un cadre de participation où pourront s'élaborer
les consensus et les concertations au niveau de ces orientations et
politiques. Il nous apparaît que l'évaluation environnementale
de type stratégique pourrait satisfaire ces exigences et régler
beaucoup de problèmes en aval.
La
participation du public et le processus décisionnel. De
nos jours, toute société démocratique s'attend
d'une part à ce que les décisions sur des questions
d'ordre public soient prises sur une base d'information qui soit large,
rigoureuse et objective et, d'autre part, qui intègre les préoccupations
et opinions des membres de la société qu'elles toucheront.
La participation publique et l'évaluation d'impacts étroitement
liées entre elles ont comme finalité de faire progresser
les connaissances, d'élargir le débat public autour
de certaines propositions, et d'éclairer le processus décisionnel
à l'égard de propositions de politiques ou de programmes
ou de projets précis. Il s'agit donc d'un outil adapté
aux exigences de la mise en place du programme et de la gestion des
matières résiduelles.
Les
apports de l'étude des impacts environnementaux. La première
étape de tout processus d'évaluation environnementale
est l'établissement de la base d'information dans une étude
d'impacts. Cette étude permet de connaître la proposition
à l'étude et le milieu naturel et social dans lequel
elle s'insère; de comprendre les enjeux qu'elle suscite, ses
impacts potentiels et les mesures qui permettront de les atténuer;
et, enfin, de connaître les moyens et les mécanismes
proposés pour assurer le suivi et la surveillance des mesures
d'atténuation.
Nous
soulignons plus haut l'importance d'établir une base d'information
rigoureuse et crédible pour toute décision de politique,
programme et projet en matière de gestion des matières
résiduelles. L'étude d'impacts fournit cette information
puisqu'elle met l'emphase sur les éléments suivants:
Les raisons
qui mènent le promoteur à mettre de l'avant la proposition.
Il s'agit de la justification qui permettra, lorsque les impacts potentiels
seront connus, de faire le bilan des coûts environnementaux
et des avantages économiques et sociaux qu'entraînent
la réalisation de la proposition.
Les options
privilégiées par le promoteur. S'il s'agit d'un projet,
ces options se situent habituellement au niveau de la localisation
des ouvrages ou de l'infrastructure, et de la technologie de production.
Dans le cas d'une politique ou d'un programme, les options peuvent
traiter des aspects philosophiques, d'approches et de réalisation.
Les options privilégiées sont le résultat d'analyses
comparatives et intégrées du type avantages/inconvénients.
L'identification
et l'évaluation des impacts anticipés de la proposition
sur le milieu naturel et social. Il existe des méthodes plus
ou moins sophistiquées, dont les résultats sont crédibles,
qui sont utilisées par les professionnels des études
d'impacts. Ces méthodes impliquent la participation du public,
en particulier au niveau de l'identification des impacts qui touchent
directement les citoyens avec leurs perceptions et leurs valeurs.
Les mesures
d'atténuation et de protection de l'environnement qui permettent
d'éliminer ou de rendre acceptables les répercussions
négatives anticipées et d'accentuer les effets positifs
prévus, en un mot, de respecter les contraintes environnementales
et sociales dans la réalisation de la proposition.
Le suivi,
le contrôle et la surveillance effectués par le promoteur
et les agences gouvernementales et qui sont normalement gérés
par des comités de vigilance formés des principaux intervenants,
dont les membres du public. Ces mécanismes permettent de vérifier
si les impacts prévus se sont effectivement réalisés
et si d'autres impacts non prévus se manifestent. Ils permettent
également de mesurer l'efficacité des mesures d'atténuation
mis en place et d'en proposer d'autres si nécessaire.
L'étude
des impacts environnementaux et la participation publique. Nous
sommes d'avis qu'en plus de réunir les informations nécessaires
à la prise de décision, l'évaluation environnementale
permet de satisfaire l'autre principe de la gestion démocratique,
celui de la participation publique. En effet, l'évaluation
des impacts environnementaux, telle qu'elle est pratiquée au
Québec, donne aux citoyennes et citoyens et aux groupes affectés
par une proposition l'occasion de valider et de compléter les
informations et les opinions avancées par le promoteur, de
faire valoir leurs vues et avis dans un débat public qui pourra
mener aux concertations nécessaires pour rendre la proposition
acceptable, et d'établir les bases et mécanismes d'une
gestion environnementale et sociale continue de la politique, du programme
ou du projet.
Il faut
d'ailleurs considérer comme un point fort à exploiter
le fait que les processus existant d'évaluation d'impacts non
seulement intègrent les citoyennes et citoyens à la
prise de décision concernant les propositions, mais qu'ils
donnent également les moyens d'assurer leur présence
et leur participation à la gestion continue du projet une fois
celui-ci réalisé. Cette dimension est cruciale, puisqu'elle
répond à une préoccupation grandissante des intervenants,
celle d'être consultés non seulement à l'étape
de la planification, mais aussi d'être partie prenante aux modifications
apportées à ces décisions et à la surveillance
de leur exécution.
CHAPITRE
II: MISE EN OEUVRE DE LA GESTION DÉMOCRATIQUE
2.1 La politique de gestion intégrée des matières
résiduelles
Le gouvernement
du Québec a fait connaître son intention de réviser
l'actuelle Politique québécoise de gestion intégrée
des déchets solides (Québec. Ministère de l'environnement,
1989) suite aux présentes audiences génériques
sous l'égide du BAPE. La nouvelle politique de gestion intégrée
des matières résiduelles devrait confirmer ou modifier
les orientations, principes et objectifs globaux du gouvernement dans
ce domaine. Rappelons que la Politique de gestion intégrée
des déchets solides proposait des principes qui privilégiaient,
"dans l'ordre, la réduction à la source, le réemploi,
le recyclage et la valorisation des résidus ainsi qu'une élimination
sécuritaire de ce qui reste" afin d'atteindre un objectif
de réduction de 50% du volume de déchets à disposer
d'ici l'an 2000 (Québec. Ministère de l'Environnement
et de la Faune, 1995, p. 11) .
Le MEF
estime donc que la présente consultation lui permettra de recueillir
la perception de la population et d'envisager avec elle les moyens d'agir
rapidement et efficacement. Dès l'avant-propos du document soumis
à la consultation par le gouvernement, le ministre de l'Environnement
et de la Faune de l'époque, M. Jacques Brassard, laisse entendre
que les difficultés rencontrées en regard de la gestion
des matières résiduelles au Québec se situent bien
davantage au niveau des moyens mis en oeuvre que d'une mauvaise définition
des principes et objectifs. Considérant les résultats
peu concluants obtenus depuis la mise en vigueur, en 1989, de la Politique
québécoise de gestion intégrée des déchets
solides, tels que présentés dans le portrait de la
situation du document de consultation du MEF (chapitre 1), l'AQÉI
est d'accord avec cette analyse.
Afin de
rectifier la situation, le gouvernement propose une nouvelle répartition
des tâches et responsabilités ainsi que des changements
par rapport aux mandats et aux structures d'encadrement. Comme l'ont
à maintes reprises souligné les représentants du
MEF lors de la première partie des audiences publiques, il s'agit
là des principaux éléments sur lesquels les participants
sont invités à se prononcer.
L'AQÉI
tient d'abord à souligner à la commission du BAPE qu'elle
se réjouit que le MEF ait introduit les principes de gestion
démocratique, de responsabilité totale et partagée,
de partenariat et de régionalisation. Même chose en ce
qui a trait aux objectifs de réduction du volume de déchets
à éliminer énoncés au chapitre 2 du document
de consultation du MEF. Cependant, l'AQÉI estime que le principe
de gestion démocratique, tel que défini par le MEF dans
le sens d'une participation active de tous les intervenants, d'un souci
de transparence, d'un droit à l'information, à la consultation
et à la participation active à la prise de décision
en ce qui a trait à la gestion des matières résiduelles
devrait avoir autant de poids que l'ensemble des autres principes et
objectifs énoncés.
L'AQÉI
estime qu'en accordant un rôle de premier plan au principe de
la gestion démocratique, l'interprétation et l'application
des principes de "responsabilité", de "partenariat"
et de "régionalisation" en seraient facilitées.
L'AQÉI estime que les moyens de participation proposés
pour atteindre l'objectif de réduction du volume de déchets
à éliminer sont nettement insuffisants. Pour l'AQÉI,
l'ensemble des propositions du MEF n'accorde pas suffisamment d'importance
à l'information, à la consultation et à la participation
du public aux différentes étapes de la planification et
de la gestion pour permettre d'atteindre les objectifs fixés.
Selon notre analyse des propositions du MEF, la participation du public
est soit restreinte et confinée à une approche de sensibilisation,
d'information et de formation du public (proposition 16) ou laissée
aux MRC et communautés urbaines lors de l'élaboration
des plans régionaux de gestion des matières résiduelles
(proposition 17). Pour l'AQÉI, la participation du public signifie
davantage un processus favorisant la participation des citoyens et des
groupes aux démarches de planification et de gestion autant au
niveau des orientations que des modalités de mise en oeuvre.
En ce sens, l'ensemble des propositions du MEF ne saurait être
satisfaisant sans modifications substantielles en ce qui a trait à
la participation du public.
En outre,
la reconnaissance du principe de gestion démocratique devrait
nécessairement s'accompagner de changements dans les pratiques
d'information du MEF en support à la participation du public.
Dans son rapport présenté au ministre de l'Environnement
du Québec sur la gestion des déchets dangereux au Québec
(BAPE, 1990) , la commission du BAPE mentionnait la difficulté
d'appliquer dans les faits le principe du droit de la population à
l'information, à la consultation et à la participation
en matière de gestion des déchets dangereux (Section 4.1.3,
pp. 162 à 164). À cet égard, la commission écrivait:
"Tout
d'abord, les citoyens en quête d'information sur des situations
environnementales qui les concernent sont astreints à des efforts
laborieux notamment lorsqu'ils s'adressent au MENVIQ où la culture
de la transparence gagnerait à être développée.
Les tribunes
publiques pour l'expression des préoccupations et des volontés
populaires sont peu nombreuses, sinon inexistantes à l'exception
du BAPE. Peu de modalités pratiques sont en place pour l'insertion
des citoyens dans le processus décisionnel en matière
de planification environnementale." (p. 162).
Cette constatation
formulée en 1990 en ce qui concerne la gestion des déchets
dangereux, est également applicable actuellement en ce qui a
trait à la gestion des matières résiduelles. Pour
s'en convaincre, nous n'avons qu'à mentionner les difficultés
des citoyens, des groupes environnementaux et des municipalités
à obtenir, par exemple, les plans et devis des projets d'équipements
examinés par le MEF. En conséquence, l'AQÉI estime
que l'atteinte des objectifs reliés à une gestion durable
et responsable des matière résiduelles au Québec
passe par une plus grande transparence du MEF et une modification de
ses pratiques.
Recommandation:
| Que
l'actuelle Politique québécoise de gestion intégrée
des déchets solides (Québec. Ministère
de l'environnement, 1989) qui "propose des principes qui privilégient,
dans l'ordre, la réduction à la source, le réemploi,
le recyclage et la valorisation des résidus ainsi qu'une
élimination sécuritaire de ce qui reste", soit
révisée afin d'inclure le principe de la gestion démocratique. |
2.2
Le plan d'action national
À
la suite du dépôt du rapport d'audience publique du BAPE,
le MEF a fait connaître son intention de rendre public son plan
d'action qu'il "mettra en oeuvre, en collaboration avec tous les
intervenants concernés,..." et "... qui contiendra
l'ensemble des solutions qui seront retenues pour assurer une gestion
durable et responsable de nos matières résiduelles."
(proposition 18). L'AQÉI estime qu'il est effectivement de
la responsabilité du ministère d'établir le plan
d'action national sur la base des résultats de la présente
audience générique.
Selon notre
interprétation, pour assurer la mise en oeuvre du plan d'action
national, l'une des principales propositions du MEF consiste à
créer une société de gestion des matières
résiduelles. Cette société deviendrait le "responsable
désigné" de la mise en oeuvre d'une partie importante
du plan d'action national, soit concernant "les moyens pour réduire
à la source les quantités de matières résiduelles
générées et favoriser l'emploi de produits plus
durables, le réemploi, le recyclage et la valorisation"
.
Selon les
propositions du MEF, outre des représentants du gouvernement
provincial et du monde municipal, le conseil d'administration de la
société de gestion serait formé des représentants
de divers secteurs industriels concernés et de divers organismes,
dont des associations de consommateurs et des groupes environnementaux.
La population, quant à elle, serait, en bout de ligne, mise à
contribution uniquement par le biais de programmes de formation, d'information
et de sensibilisation, mis en oeuvre par l'ensemble des partenaires.
En vertu de son mandat, la société de gestion s'assurerait
de l'application, de l'accessibilité et de l'efficacité
de ces programmes (proposition 16). Ces propositions accorderaient à
la société de gestion un rôle déterminant
en établissant les stratégies et les moyens pour atteindre
les objectifs de réduction, de réemploi, de recyclage
et de valorisation des matières résiduelles.
L'AQÉI
estime que la mise en oeuvre d'une partie aussi importante du plan d'action
national doit relever d'un organisme qui répond aux nouvelles
exigences de la gestion publique reposant sur un partage des responsabilités
entre les secteurs public, privé et communautaire en même
temps qu'elle implique une participation active des citoyennes, citoyens
et des groupes sociaux concernés. Dans ce contexte, la proposition
de créer une société de gestion qui serait le résultat
d'une simple fusion de Recyc-Québec et de Collecte Sélective
Québec apparaît inadéquate. De même, la représentation
des associations de consommateurs et des groupes environnementaux sur
le conseil d'administration d'une éventuelle société
de gestion ou autre responsable désigné, quoique souhaitable,
apparaît nettement insuffisante pour assurer une gestion démocratique.
Le modèle
traditionnel de société d'État ne répond
pas aux exigences de la nouvelle gestion publique. Pour assurer une
gestion démocratique des matières résiduelles,
il importe que tout organisme responsable de la mise en oeuvre d'une
partie ou de la totalité du plan d'action national réponde
aux conditions suivantes:
que l'imputabilité
publique du ou des organismes soit clairement définie au départ;
que soient
mis en place des mécanismes permettant la contribution des acteurs
socio-économiques et des représentants des groupes d'intérêts
et des consultations publiques périodiques pour évaluer
les actions, valider l'information afin d'apporter un éclairage
sur les préoccupations sociales aux décisions de gestion
(un comité aviseur); pour gérer les conflits (un centre
de résolution de conflits);
que le
principe de régionalisation soit respecté: décentralisation
de ressources financières et humaines en région lorsqu'approprié;
application de solutions différentes selon les besoins des régions
ou des situations particulières.
Recommandations:
|
Que
le plan d'action national arrêté par le MEF qui contiendra
&laqno;l'ensemble des solutions qui seront retenues pour assurer
une gestion durable et responsable de nos matières résiduelles»
(proposition 18) fasse état des résultats de la
présente audience générique et fournisse
des explications sur les recommandations retenues et non retenues.
Que
le plan d'action national prévoit des mécanismes
de participation du public pour procéder périodiquement
à l'examen public de la politique afin d'assurer ainsi
l'apprentissage collectif.
|
2.3
Les plans régionaux de gestion des matières résiduelles
Afin de
réaliser une gestion durable et responsable des matières
résiduelles au Québec, l'une des principales propositions
du MEF est de confier aux MRC et aux communautés urbaines la
responsabilité d'élaborer des plans de gestion des matières
résiduelles. Ceux-ci devront prévoir les territoires de
collecte (proposition 4), les plans directeurs de gestion intégrée
des boues (proposition 9) et la récupération des résidus
domestiques dangereux (proposition 11.2). Pour ce faire, le MEF propose
que les MRC et les communautés urbaines utilisent les mécanismes
de consultation publique prévus par la Loi sur l'aménagement
et l'urbanisme (proposition 17).
De plus,
le document soumis à la consultation par le MEF stipule que la
population a droit à une information complète et accessible
sur les enjeux de la gestion des matières résiduelles
et qu'elle doit participer aux discussions. Ainsi, la proposition 17
du MEF se résume essentiellement à confier aux MRC et
aux communautés urbaines le soin de rendre accessible aux citoyens
l'information sur les plans de gestion des résidus et de les
consulter sur les choix à faire en utilisant les mécanismes
prévus par la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme.
Lors de
la première partie des audiences publiques du BAPE, les représentants
du MEF ont indiqué que les plans de gestion devront être
élaborés en concertation et en consultation avec un certain
nombre d'intervenants privilégiés de la communauté.
Ils soulignaient également que deux principes avaient guidé
le ministère dans l'élaboration de ses propositions soit,
d'une part, celui d'une prise en charge municipale et, d'autre part,
celui de favoriser une gestion démocratique. En outre, le choix
des mécanismes de consultation prévus par la Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme a été effectué
pour une raison "d'économie réglementaire" et
le MEF s'est montré ouvert à utiliser tout autre mécanisme
de participation du public:
"
... la seule et unique raison pour laquelle nous avons proposé
cette avenue-là, c'est une considération d'ordre &laqno;d'économie
réglementaire». Parce qu'il y avait là un processus
qui engage les MRC, il y avait là un processus de consultation
intégrée, on s'est dit donc: "Dans un contexte de
déréglementation au niveau du gouvernement du Québec,
si on a là l'outil qui satisfait l'ensemble des intervenants,
pourquoi créer un autre réseau législatif ou réglementaire."
..., s'il
s'avère que ce que permet d'atteindre en termes de consultation
publique le système proposé dans la Loi sur l'aménagement
et l'urbanisme, l'intégration au schéma d'aménagement,
ne convient pas aux objectifs que l'ensemble des citoyens du Québec,
par le biais de la Commission du BAPE, va nous proposer, ce n'est absolument
pas important. Ce qui est important, c'est qu'on puisse appliquer les
principes.
S'il faut
pour ce faire modifier la Loi sur les cités et villes, le Code
municipal, prendre un mécanisme différent que celui de
l'intégration à la LAU et au processus de mise en oeuvre
des schémas, il ne faut pas y voir de problème. Ce qui
m'apparaît important - ... - c'est de dire: "Une fois qu'on
a compris ce que vous voulez faire, est-ce que l'outil que vous proposez
pour le réaliser est le bon ?" Et si on considère
que ce n'est pas le bon, la porte est très grande ouverte pour
permettre un autre mécanisme. Et l'adhésion du gouvernement
à ce principe est déjà acquis parce que, ..., notre
document a déjà fait l'objet d'une approbation gouvernementale."
.
Compte
tenu du principe de gestion démocratique que nous avons mis de
l'avant, l'AQÉI estime que les mécanismes de participation
du public prévus par la LAU ne sont pas appropriés pour
l'élaboration des plans régionaux de gestion des déchets.
La préoccupation centrale relative au dossier des matières
résiduelles est tout autre et ne mobilise pas nécessairement
les mêmes acteurs. L'AQÉI préconise plutôt
une démarche d'évaluation environnementale s'inspirant
de la procédure québécoise d'évaluation
et d'examen des impacts sur l'environnement (PÉEIE) qui prévoit
une démarche de participation publique. L'AQÉI est désireuse
d'apporter sa contribution dans cette voie.
Recommandations:
|
Qu'un
comité de travail soit chargé d'élaborer
les modalités de mise en oeuvre d'un mécanisme de
participation du public à l'élaboration des plans
régionaux de gestion des matières résiduelles
s'inspirant de la PÉEIE.
Que
les plans de gestion des matières résiduelles des
MRC et des communautés urbaines soient accompagnés
d'une évaluation environnementale et soumise à la
consultation publique et que cette participation porte sur des
scénarios ou des options dont les avantages et les inconvénients
auront été portés à l'attention du
public au préalable.
Que
les plans régionaux de gestion des matières résiduelles,
dans leur version finale, fassent état des résultats
de la participation publique.
|
2.4
Les projets d'équipements
La modification
ou la construction d'un incinérateur est assujettie à
la PÉEIE depuis son introduction en 1979 alors que l'établissement
ou l'agrandissement d'un LES est assujetti seulement depuis l'entrée
en vigueur de la loi 101 en 1993. Selon les représentants du
MEF, ces infrastructures demeureront assujettis à la procédure.
L'AQÉI
estime que tous les projets d'implantation ou d'agrandissement d'équipements
incluant les incinérateurs, les LES, les usines de compostage,
les centres de tri et de transbordement, les déchetteries, les
usines de recyclage de pneus usées ou d'huiles usées,
sont de la responsabilité des promoteurs et devraient être
encadrés par le régime québécois d'évaluation
et d'examen des impacts sur l'environnement.
Pour ce
faire, certaines améliorations à la procédure québécoise
d'évaluation environnementale en matière de gestion des
déchets sont souhaitables:
- Obligation
d'intégrer une démarche de participation du public et
d'évaluation des impacts sociaux à l'élaboration
des projets;
- Mécanismes
souples d'examen public par le BAPE (ex. possibilité de mener
des audiences publiques régionales);
- Exigences
de plans de mesures sociales (compensation et mitigation) pour l'implantation
de projets à fort potentiel de résistance.
Recommandations:
|
Que
l'assujettissement de l'établissement et de l'agrandissement
des lieux d'enfouissement sanitaire à la PÉEIE,
incluant les diverses phases et modalités de participation
du public, soit maintenu et que l'ensemble des projets d'implantation
ou d'agrandissement d'autres équipements tels que les incinérateurs,
les usines de compostage, les centres de tri et de transbordement,
les déchetteries, les usines de recyclage de pneus usées
ou d'huiles usées soient assujettis à la PÉEIE.
Le
cas échéant, que les procédures d'examen
public du BAPE soient assouplies et adaptées aux nouvelles
exigences de la régionalisation et de la concertation.
|
2.5
Le suivi, le contrôle et la surveillance des opérations
Le suivi,
le contrôle et la surveillance des opérations doivent être
intégrés aux diverses composantes de la politique de gestion
intégrée des matières résiduelles.
L'observatoire
québécois de la gestion des déchets
L'AQÉI
estime que le plan d'action national du MEF devrait prévoir la
création d'un observatoire québécois
de la gestion des déchets sous la forme d'un secrétariat
permanent de la gestion des déchets dont la fonction principale
serait d'assurer une veille technologique et sociale.
Cet observatoire
serait un organisme autonome, permanent, multisectoriel et multidisciplinaire
qui pourrait prendre la forme d'un secrétariat permanent de la
gestion des déchets en réunissant les intervenants privé,
public et communautaire. Le mandat principal de l'observatoire serait
d'assurer une veille technologique et sociale définit comme suit:
"La
veille technologique consiste en un exercice continu de recherche et
de cueillette d'informations relatives aux connaissances techniques,
aux technologies et aux savoir-faire utiles à l'atteinte de certains
objectifs. On parle de veille technologique et sociale parce que beaucoup
des informations requises pour l'atteinte de certains objectifs sont
de nature organisationnelle plutôt que purement technologique."
(p. 7). (Étudiant(e)s du Bac. Science, technologie et société
de l'UQAM, cité dans: BCM, 1992, p. 33) .
Le concept
de veille technologique et sociale en matière de gestion des
matières résiduelles au Québec renvoie à
un processus permanent d'évaluation, d'orientation et de suivi
de la politique québécoise de gestion des matières
résiduelles, auxquels seraient associés, les centres de
recherches universitaires, les services publics et privés, les
groupes environnementaux et communautaires, etc. L'objectif de la veille
technologique et sociale est double: 1) permettre un suivi, par région,
de l'atteinte des objectifs de réduction de la masse de déchets
à éliminer; 2) permettre un suivi des expériences
étrangères: transferts technologiques et adaptation au
contexte québécois, etc.
Concrètement,
la notion de veille technologique et sociale consiste à mettre
en place des outils permettant de regrouper et de synthétiser
l'information dont disposent les différents secteurs de la société
(privé, public, communautaire) pour la rendre disponible aux
décideurs. Les types d'informations pertinentes sont:
- les
rendements effectifs des différents programmes de réduction,
de réemploi, de recyclage et de compostage;
- l'évolution
technologique des principaux modes de réduction, de réemploi
et de recyclage;
- l'évolution
technologique des principaux modes d'élimination: enfouissement,
incinération, compostage, etc.;
- les
méthodes de caractérisation des déchets;
- les
mécanismes réglementaires et législatifs;
- les
paramètres relatifs aux programmes de suivi, de contrôle
et de surveillance des lieux d'enfouissement sanitaire;
- les
processus sociaux et politiques: préoccupations sociales, phénomène
NIMBY, etc.;
- les
mécanismes innovateurs de participation du public.
Recommandation:
| Que
dans le plan d'action national, le MEF prévoit la création
d'un organisme (observatoire) autonome, permanent, multisectoriel
et multidisciplinaire qui pourrait prendre la forme d'un secrétariat
permanent de la gestion des déchets en réunissant
les intervenants privé, public et communautaire, dont le
mandat principal serait d'assurer une veille technologique et sociale. |
Les comités de vigilance (ou de suivi environnemental)
Lors de
la première partie des audiences publiques du BAPE, le MEF a
fait connaître son intention d'organiser et de structurer la formation
et le fonctionnement des comités de vigilance (ou de suivi environnemental)
dans un cadre réglementaire. Cependant, le MEF a déjà
commencé à formaliser dans plusieurs décrets les
exigences de tels comités en spécifiant leur mandat, leur
pouvoir, leur composition et leur financement. Un décret récent
réfère à un comité de vigilance dans le
cas du LES de Lachenaie et un autre, à un comité de citoyens
dans le cas du LES de Demix. Le décret sur Demix confère
un mandat de suivi environnemental alors que celui de Lachenaie ne spécifie
rien à cet égard. La lecture du tableau 1 (Annexe 2) nous
permet de constater que les exigences sont floues, ambiguës et
non uniformes d'un cas à l'autre.
Dans ce
contexte, il y aurait lieu que le MEF définisse clairement ce
qu'il entend par comité de vigilance ou comité de suivi
environnemental, car il y a une distinction à faire entre les
deux. Selon la pratique, le comité de vigilance est mis sur pied
pour veiller à ce que les conditions relatives à l'obtention
d'un permis soient respectées, par décret, normalement
cette exigence provient du gouvernement. Par ailleurs, aux États-Unis
surtout, le comité de vigilance est généralement
mis sur pied d'une façon volontaire, suite aux pressions du milieu,
dans un secteur géographique précis afin d'assurer le
suivi d'un équipement et d'un site précis; en général,
les deux principaux acteurs sont la population locale et le promoteur,
assistés de spécialistes indépendants et le gouvernement
en fait rarement partie. Le comité de suivi environnemental permet
quant à lui de vérifier si les impacts prévus se
sont effectivement réalisés et si d'autres impacts non
prévus se manifestent; il permet également de mesurer
l'efficacité des mesures d'atténuation mis en place et
d'en proposer d'autres si nécessaire. Ici encore, la question
du caractère obligatoire ou volontaire est soulevée.
Selon l'AQÉI,
les comités de vigilance ou de suivi environnemental proposés
par le MEF doivent s'inscrire dans un contexte large de participation
du public afin de correspondre au principe de gestion démocratique
et aux objectifs de gestion transparente, gage d'une gestion plus sécuritaire.
L'AQÉI estime que le MEF doit agir avec circonspection dans cette
démarche. On s'interroge encore sur le rôle et l'efficacité
de ces comités. Il serait opportun de faire une évaluation
des expériences passées au Québec avant d'aller
de l'avant. Il importe, en effet, que le MEF s'assure que les comités
de vigilance et de suivi environnemental représentent des mécanismes
de participation publique utiles, crédibles et efficaces. Pour
ce faire, le MEF doit d'abord préciser le mandat, le pouvoir
et la composition de tels comités; développer, le cas
échéant, des ententes avec les principaux intervenants
pour déterminer les conditions de leur participation à
de tels comités: MRC, communautés urbaines, régies
régionales de la santé et des services sociaux, groupes
environnementaux, citoyennes et citoyens. De plus, avant de soumettre
les promoteurs à des obligations réglementaires par décret,
le MEF doit s'assurer de mettre en place des structures pour encadrer
la démarche tout en se rappelant qu'il demeure le premier responsable
des exigences du décret gouvernemental. Enfin, si le MEF s'oriente
vers l'établissement de comités de vigilance et de suivi
des LES, il devra être conséquent et faire de même
dans d'autres secteurs de l'environnement: eaux usées, qualité
de l'air, etc.
Recommandation:
| Qu'un
comité de travail soit créé par le MEF (éventuellement
le même comité proposé plus haut) avant la mise
en oeuvre des comités de vigilance ou de suivi environnemental,
qui aura pour tâche de tracer un bilan des expériences
passées et de formuler des recommandations quant au mandat,
au pouvoir, à la composition et autres exigences de tels
comités. |
CONCLUSION
L'AQÉI
tient à féliciter le ministère de l'Environnement
et de la Faune d'avoir engagé un processus d'examen public de
la politique et des pratiques en matière de gestion des déchets
par le biais de la présente consultation. Le comité sur
la participation du public de l'AQÉI a décidé de
saisir cette occasion de participer à cet examen pour mettre
de l'avant la nécessité d'une gestion démocratique
des services publics, particulièrement en matière d'environnement,
lorsque les valeurs et les intérêts sont diversifiés
et exigent un arbitrage démocratique.
Comme nous
l'avons mentionné à plusieurs reprises dans le document,
il y a lieu de bonifier les propositions de participation publique en
mettant en place des mécanismes de participation tant à
l'échelle nationale que régionale, tant au niveau des
orientations que des modalités. Le ministère aura, d'une
part, à raffiner les moyens de mise en oeuvre et d'autre part,
à mettre sur pied les meilleures méthodes pour y arriver.
L'AQÉI demeure disponible et intéressée à
poursuivre concrètement cet exercice dans les mois et années
à venir. Il ne sert à rien de précipiter les actions
à entreprendre. Il y a une &laqno;loi» éprouvée
en matière de changement social, il s'agit d'établir les
conditions requises pour mettre en place des processus qui soient utiles,
crédibles et efficaces et de prendre le temps nécessaire
pour y parvenir avec succès.
Le message
essentiel que nous livrons est le suivant: la gestion démocratique,
telle que définie plus haut, doit être mise en oeuvre d'une
manière continue et se vivre d'une façon permanente. Elle
entraîne certaines exigences non seulement pour les citoyennes
et citoyens, groupes d'intérêt ou de sensibilisation, entreprises
privées, municipalités, MRC, etc. mais également
pour le ministère de l'Environnement et de la Faune.
Compte
tenu du fait que nous sommes au début du processus, soit à
l'étape de l'élaboration d'une politique de gestion des
matières résiduelles, cela implique pour le MEF qu'il
indique clairement de quelle manière il donnera suite, dans son
plan d'action, aux résultats de cette consultation et des recommandations
qui en découleront.
Par conséquent,
on s'attend à ce qu'il y ait un changement important des pratiques
dans le sens d'une ouverture complète de l'accessibilité
à l'information non seulement dans le dossier des matières
résiduelles mais aussi dans l'ensemble des dossiers du ministère.
On s'attend également à ce que le MEF fournisse par son
exemple et son plan d'action, les moyens d'assurer, au sein des organismes
nationaux, régionaux et locaux, cette ouverture et cette accessibilité.
BIBLIOGRAPHIE
- AQÉI.
Association québécoise pour l'évaluation d'impacts
(sous presse). Compte rendu du quatrième congrès
annuel de l'Association québécoise pour l'évaluation
d'impacts sur "La participation du public à l'heure des
bilans", Montréal, 24-25 novembre 1995, Collection
Environnement de l'Université de Montréal, No. 5 (hors
série), 214 pages.
- BAPE.
1990. Les déchets dangereux au Québec: une gestion
environnementale. Montréal: Bureau d'audiences publiques
sur l'environnement, Commission d'enquête sur les déchets
dangereux, Les Publications du Québec, 491 p.
- BAPE.
1993. Le projet de la Régie intermunicipale de gestion
des déchets sur l'île de Montréal. Rapport
d'enquête et d'audience publique #67. Montréal: Bureau
d'audiences publiques sur l'environnement, 326 p.
- BAPE.
1994a. Centrale de valorisation du biogaz au Centre de tri
et d'élimination des déchets de la ville de Montréal.
Rapport d'enquête et d'audience publique #80. Montréal:
Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, 175 p.
- BAPE.
1994b. Projet d'agrandissement d'un lieu d'enfouissement
sanitaire à Sainte-Anne-de-la-Rochelle. Rapport denquête
et d'audience publique #86. Montréal: Bureau d'audiences publiques
sur l'environnement, 303 p.
- BAPE.
1995. Projet d'agrandissement d'un lieu d'enfouissement
sanitaire à Lachenaie. Rapport d'enquête et d'audience
publique # 89. Montréal: Bureau d'audiences publiques sur l'environnement,
174 p.
- BCM.
1992. Vers une gestion intégrée des déchets:
Projet de la Ville de Montréal. Rapport de consultation
publique #4. Montréal: Bureau de consultation de Montréal,
262 p.
- Canada.
Bureau fédéral d'examen des évaluations environnementales.
1989. Manuel relatif à la participation du public à
l'évaluation environnementale: Organiser et exécuter
des programmes de participation du public. Ottawa: Bureau fédéral
d'examen des évaluations environnementales, pagination multiple.
- Comité
de santé environnementale du Québec. 1993. Mieux
vivre avec nos déchets. La gestion des déchets solides
municipaux et la santé publique. Montréal: Comité
de santé environnementale des Départements de santé
communautaire, 138 et 6 annexes p.
- Lynn,
Frances M. et George J. Busenberg. 1995. "Citizen advisory committees
and environmental policy: what we know, what's left to discover".
Risk Analysis, Vol. 15, no 2, p. 147-162.
- Québec.
Ministère de l'environnement. 1989. Politique de gestion
intégrée des déchets solides.
15 p.
- Québec.
Ministère de l'Environnement et de la Faune. 1995. Pour
une gestion durable et responsable de nos matières résiduelles
(Document de consultation publique). Gouvernement du Québec,
Ministère de l'Environnement et de la Faune, 52 p.
ANNEXE
1
DOCUMENT D'ORIENTATION DE L'AQÉI
ANNEXE
2
TABLEAU I:
COMPARAISON DES EXIGENCES DU MEF RELATIVES AU COMITÉ DE VIGILANCE
DU LES DE LACHENAIE ET DU COMITÉ DE CITOYENS DU LES DE DEMIX
Décrets |
LES de Lachenaie (UTL-BFI) |
LES Demix (CUM) |
Mandat |
- s'assurer que les intervenants, la population et les médias
possèdent une bonne compréhension des enjeux et une
information de qualité;
- répondre aux interrogations des divers intervenants.
|
- suivi environnemental afin d'accroître l'acceptabilité
sociale du projet;
- s'assurer que les intervenants, la population et les médias
possèdent une bonne compréhension des enjeux et une
information de qualité;
- répondre aux interrogations des divers intervenants.
|
Pouvoir |
- consulter la documentation relative aux programmes de surveillance;
- vérifier le respect des exigences du MEF et suggérer
les actions souhaitées au promoteur.
|
- suggérer aux décideurs les actions souhaitées;
- suggestion, consultation, surveillance, information et promotion.
|
Composition |
- La ville de Lachenaie
- La MRC des Moulins
- La Régie régionale de la santé
- Un groupe environnemental local
- Deux groupes de citoyens actifs
- Le MEF
|
- La ville de Montréal-Est;
- La Régie régionale de la Santé et des Services
Sociaux;
- Un groupe environnemental;
- Deux groupes de citoyens;
- Le MEF (direction régionale).
|
Autres exigences |
- L'exploitant assume les coûts
- L'exploitant doit fournir tous les documents
|
- L'exploitant assume les coûts
- L'exploitant doit fournir tous les documents
|
|